Liban : face à la crise, le bitcoin gagne du terrain

Middle East Eye | 9 Novembre 2021

Confrontés à une crise économique historique et à une dévaluation de leur devise de plus de 90 % en deux ans, de plus en plus de Libanais se tournent vers le bitcoin et les cryptomonnaies pour contourner les restrictions bancaires

C’est un petit bureau sans prétention, coincé entre un toiletteur canin et une salle de machines à sous dans le quartier arménien de Beyrouth, Bourj Hamoud. Suspendus au mur, deux clubs de golf, trois balles et surtout une affiche encadrée qui indique le cours du bitcoin, en pleine ascension.

C’est ici que Samir Saad, un Libanais de 37 ans, s’apprête à ouvrir ce qu’il présente comme le premier cabinet de conseil du Liban spécialisé dans la reine des monnaies numériques, le bitcoin.

Ingénieur mécanique de formation, il a commencé à s’intéresser aux cryptomonnaies à partir de 2014 par l’entremise d’amis développeurs. « Le but, c’est d’éduquer gratuitement les gens aux cryptomonnaies, leur expliquer comment créer un portefeuille sécurisé ainsi que les rudiments de la blockchain [registre qui compile l’ensemble des transactions réalisées par ses utilisateurs]. Ils se sont fait voler leur argent, je veux leur apprendre comment devenir leur propre banque », déclare-t-il à Middle East Eye.

Quelques semaines avant l’ouverture, une petite vingtaine de personnes a déjà pris rendez-vous. « Ce matin, un habitant du quartier est venu, il voulait échanger 7 500 dollars [l’équivalent de 6400 euros] en bitcoin, mais je ne fais pas de change, je me contente de faire du conseil. En tout cas, cela montre qu’il y a un intérêt qui se développe », veut croire Samir.

Engouement pour le bictoin
Au niveau mondial, selon le site spécialisé Coinmarketcap, le marché avait crû de plus de 2 500 milliards de dollars à la mi-mai 2021. Un élan dopé par le plan de relance américain et l’intérêt grandissant des fonds d’investissement, des banques et de grandes entreprises envers le bitcoin. Récemment, c’est le géant des paiements numériques, PayPal, qui a annoncé le lancement d’un service d’achat et de vente de cryptomonnaies sur sa plateforme.

Alors, la vague des cryptomonnaies s’apprête-t-elle à déferler sur le Liban  ? Tout porte à le croire. Charles, un ingénieur du son de 34 ans, est déjà familier des montagnes russes qui agitent ce marché très volatil. Il a acheté en janvier un bitcoin pour près de 30 000 dollars ; en avril, le cours atteignait 65 000 dollars, avant de retomber à 30 000 deux mois plus tard.

« Je me suis beaucoup renseigné avant d’investir. Ces fluctuations sont courantes sur ce marché, cela ne m’inquiète pas. Je ne compte pas revendre avant plusieurs années, car je fais confiance en cette technologie », confie-t-il à MEE.

Charles a commencé à s’intéresser aux cryptomonnaies en 2015. C’est finalement sa rencontre avec un trader libanais qui l’a décidé à investir, au début de l’année 2021.

« J’avais économisé pour m’acheter une maison en Europe l’année dernière, mais la transaction a capoté. Je me suis retrouvé avec une grosse somme d’argent en dollars, j’ai décidé d’investir la totalité en cryptomonnaie. C’est un pari risqué, mais je sais ce que je fais », poursuit-il.

Si les données chiffrées manquent au Liban, la vague mondiale autour du bitcoin semble trouver un certain écho. En janvier 2020, l’entreprise Blue Wallet, qui permet de stocker ses cryptomonnaies de façon sécurisée sur la blockchain, affichait une augmentation du nombre de portefeuilles enregistrés au Liban de 1 781 %, la plus forte au monde.

D’après les données fournies par l’agence de presse Reuters, qui a interrogé six traders au mois de septembre dernier, plusieurs millions de dollars seraient échangés contre des bitcoins chaque jour au Liban.

Marcel Yacoub, passionné de monnaies numériques depuis 2017, sent lui aussi une évolution : « Les volumes échangés sur le marché ont augmenté de manière significative dernièrement. On estime que les transactions mensuelles sur le bitcoin atteignent en ce moment 10 millions de dollars. Ce n’est pas rien pour un pays comme le Liban », confie-t-il à MEE.

En 2019, il a créé un groupe de discussion sur l’application Telegram « Bitcoin du Liban », qui propose des analyses et des formats éducatifs. Son groupe, qui comptait quelques centaines d’abonnés l’année dernière, fédère aujourd’hui une communauté de 2 300 personnes.

« Il y a eu un emballement à partir de 2020, quand le bitcoin a dépassé son plus haut niveau historique. Hélas, l’engouement est surtout porté par une envie de spéculer sur le court terme. Il y a beaucoup de personnes qui ont perdu de l’argent au Liban avec la crise, certains voient dans les cryptomonnaies un moyen de limiter leurs pertes et de se refaire rapidement, mais c’est dangereux. Ces personnes sont facilement exposées à des projets douteux qui pullulent dans la cryptosphère. Il faudra encore du temps pour qu’on arrive à une adoption massive et saine », estime Marcel Yacoub.

Une solution alternative face à la crise ?

Ce récent engouement est à mettre en parallèle à la crise sans précédent que traverse le pays.

À l’été 2019, la pyramide de Ponzi sur laquelle reposait l’économie du pays depuis les années 90 s’est effondrée. Cette « ingénierie financière », mise en œuvre par la Banque du Liban (BDL), visait à maintenir une parité artificielle entre la livre libanaise et le dollar, en attirant toujours plus de dépôts dans les banques. En échange, ces dernières proposaient des taux d’intérêt colossaux – jusqu’à 15 %.

Depuis, le pays a amorcé une descente aux enfers. Les Libanais n’ont plus accès à leurs dollars, coincés dans les banques. Au marché noir, il s’échange en ce moment contre environ 20 000 livres libanaises.

Dans un rapport récent, la Banque mondiale a indiqué que la crise économique et financière que connaît le pays se classe parmi les trois crises les plus sévères depuis le milieu du XIXe siècle et note « qu’une contraction aussi brutale et rapide est généralement associée à un conflit ou à une guerre ».

La devise nationale a ainsi perdu plus de 90 % de sa valeur face au dollar, tandis que l’inflation des prix à la consommation – nourriture et boisson – a connu une hausse de 290 % en glissement annuel sur le mois d’août, la plus élevée au monde d’après Bloomberg. Les trois quarts des habitants du pays vivraient désormais sous le seuil de pauvreté, selon un rapport de l’ONU.

Un intérêt envers le bitcoin qui sonne comme une évidence, puisque la cryptomonnaie est elle-même apparue dans le sillage de la crise économique mondiale de 2008 : au travers d’un protocole décentralisé, elle permet d’envoyer et de recevoir de l’argent, sans l’entremise des tiers de confiance traditionnels que sont les banques ou les États.

À la différence des monnaies fiduciaires, dont l’impression par les banques centrales favorise l’inflation, le bitcoin est limité à 21 millions d’unités. Chaque utilisateur dispose d’un portefeuille numérique sécurisé, dont il est le seul à connaître la clé chiffrée. 

La recette fait florès dans les pays qui traversent une crise économique d’ampleur, comme l’Argentine ou le Venezuela. Dans plusieurs pays du continent africain, le bitcoin est utilisé comme réserve de valeur face à l’inflation et permet de contourner les restrictions bancaires.

Cette année pour la première fois, un État a même décidé d’accorder au bitcoin le statut de monnaie légale : au Salvador, elle pourra être utilisée pour n’importe quelle transaction, au même titre que le dollar.

« Malgré leur volatilité élevée, les cryptomonnaies sont un investissement plus sûr que la livre libanaise. Certes, le bitcoin peut perdre 30 % de sa valeur, mais la livre a, elle, perdu 100 % », explique à MEE Patrick Mardini, professeur de finance à l’université libanaise de Balamand et directeur du think tank Lebanese Institute for Market Studies.

« Tant qu’il n’y aura pas de politique monétaire saine, que le déficit public et les retraits des déposants seront financés avec l’impression de monnaie par la banque centrale, celle-ci continuera sa dépréciation face au dollar et les Libanais continueront de s’en détourner », poursuit le directeur du think tank

« Éviter les banques »
À la différence des États-Unis et des pays européens, le Liban a été peu affecté par la crise financière de 2008. « Le reste du monde a commencé à s’intéresser au bitcoin dans les années 2010 à cause de cette remise en question du système monétaire. Avec la situation actuelle, les Libanais commencent à leur tour à chercher des alternatives », analyse Lara Abdul Malak, rédactrice en chef du magazine Unlock, spécialisé dans l’actualité autour de la blockchain au Moyen-Orient.

Avec 6,3 milliards de dollars transférés en 2020, les transferts de fonds de la diaspora libanaise vers leur pays d’origine représentent une part substantielle du PIB. Le pays se place en troisième position mondiale avec un niveau ratio remises/PIB qui plafonne à 32,9 %.

Dans la situation actuelle, il est par conséquent fort probable que la diaspora va chercher d’autres solutions que les banques pour transférer des fonds vers le Liban, d’autant qu’une partie importante de la population ne possède pas de compte en banque.

« La seule chose qui fait tenir un système économique, c’est la confiance qu’on place dans ses intermédiaires. Au Liban, cette confiance est brisée et je ne pense pas qu’il y aura de retour en arrière », estime Lara Abdul Malak.

« Pendant la guerre civile [1975-1990], la livre libanaise avait perdu une grande partie de sa valeur. Depuis, les épargnants se sont tournés vers le dollar en se promettant de ne plus faire la même erreur. Aujourd’hui, ce sont leurs dollars, les économies de toute une vie, qui ont été volés. Le bitcoin offre ce qu’une banque centrale ne peut pas offrir : la sécurité et la propriété », poursuit-elle.

Reste que le cadre légal libanais est particulièrement contraignant, puisque depuis 2013, la banque centrale interdit l’achat de cryptomonnaies avec les cartes de paiement locales sur les plateformes de trading.

Les transactions de cryptomonnaies se font donc de pair-à-pair par l’entremise de groupes sur les applications WhatsAapp ou Telegram, avec des risques d’arnaque non négligeables et des taux de commission élevés.

« Il y a un manque de connaissance de la population autour de l’utilisation du bitcoin qui est favorisé par un cadre réglementaire plus défavorable qu’aux États-Unis ou en Europe. C’est un frein évident à une adoption massive. En même temps, la banque centrale, qui juge le bitcoin particulièrement néfaste, est elle-même épinglée pour sa gestion catastrophique de la crise. On peut se demander s’il reste quelque chose de sa crédibilité », ajoute Patrick Mardini.

« La BDL peut interdire le bitcoin, elle ne pourra pas en empêcher l’usage. Les Libanais veulent éviter les banques, car ils n’ont aucun contrôle sur ce qu’il s’y passe », conclut Lara Abdul Malak

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